Le plan directeur gazier en pleine évolution de la Namibie place le gaz naturel au cœur de son programme d’industrialisation, alignant la politique sur les importantes découvertes offshore dans le bassin d’Orange. Avec une production pouvant dépasser 2,5 millions de tonnes par an, le plan intègre les ressources de Venus, Mopane et Kudu pour transformer la Namibie en une plaque tournante énergétique régionale d’ici la fin de la décennie.
La Chambre africaine de l’énergie (AEC) soutient sans réserve l’orientation stratégique de la Namibie vers la monétisation du gaz, soulignant la nécessité d’un équilibre entre l’utilisation domestique et une croissance tirée par les exportations. La Chambre insiste sur le fait que des cadres réglementaires clairs, des projets bancables et des investissements dans les infrastructures seront essentiels pour dégager de la valeur à long terme sur l’ensemble des marchés gaziers.
« Plus de 600 millions d’Africains à travers le continent n’ont pas accès à l’électricité. Un milliard n’ont pas accès à une cuisson propre. Un million meurent chaque année en raison d’une qualité de l’air intérieur insuffisante. Nous devons remédier à cela. Notre industrie est appelée à relever ce défi. La Namibie se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins, et le pays mérite d’utiliser chaque goutte d’hydrocarbures pour améliorer la vie de sa population », déclare NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC.
La stratégie de monétisation de la Namibie repose sur une approche à deux volets : la conversion du gaz en électricité pour la sécurité nationale et des voies d’exportation sélectives pour générer des revenus. Le développement du gisement de gaz de Kudu, qui fournira initialement 420 MW – pour atteindre 800 MW –, pourrait éliminer plus de la moitié des importations d’électricité de la Namibie tout en assurant une charge de base stable pour la croissance industrielle. Au-delà de la production d’électricité, le gaz est positionné comme une matière première industrielle essentielle. Les projets visant à orienter l’approvisionnement vers la production d’engrais et de produits pétrochimiques ont pour objectif de stimuler l’industrie manufacturière, de réduire la dépendance vis-à-vis des importations et de créer des industries en aval. Cette approche reflète une transition plus large de l’extraction des ressources vers une industrialisation à valeur ajoutée à l’intérieur des frontières namibiennes.
Au niveau régional, la Namibie explore les exportations d’électricité comme une alternative à plus forte valeur ajoutée à la vente de gaz brut. Les contraintes d’infrastructure limitant la rentabilité des gazoducs, la conversion du gaz en électricité pour la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) offre une voie compétitive, susceptible de positionner la Namibie comme un fournisseur d’électricité stable en Afrique australe.
Les points de vue partagés lors de la Conférence internationale sur l’énergie de Namibie à Windhoek – dont l’AEC est un partenaire stratégique – ont mis en évidence la complexité de cette transition. Petrus Sindimba, responsable du développement des champs pour la compagnie pétrolière nationale namibienne NAMCOR, a souligné que le succès de la Namibie dépendra de stratégies de monétisation flexibles, notamment des solutions FLNG offshore et des projets de conversion du gaz en électricité alimentés par gazoduc, capables de fournir jusqu’à 800 MW.
D’un point de vue technique et commercial, Dominique Gadelle, vice-président chargé de l’engagement précoce, du gaz et des énergies à faible émission de carbone chez Technip Energies, a souligné que la conversion du gaz en électricité représente la solution la plus pratique à court terme. Il a mis en avant sa relative simplicité par rapport aux structures d’exportation complexes, la positionnant comme un catalyseur pour développer la chaîne de valeur gazière namibienne au sens large, y compris les futures opportunités liées au GNL et aux échanges transfrontaliers.
Toutefois, des défis de mise en œuvre subsistent. Ian Thom, directeur de recherche en amont chez Wood Mackenzie, a noté que le chemin vers la première production diffère considérablement de celui du pétrole, nécessitant des infrastructures, des modèles de tarification et des calendriers distincts. Cela souligne l’importance d’une planification précoce, d’investissements coordonnés et d’un enchaînement réaliste des projets dans le cadre des développements gaziers namibiens.
L’harmonisation réglementaire est également essentielle. Selon Manfriedt Muundjua, directeur général de BW Energy, si le Plan directeur du gaz témoigne d’une volonté, il doit être soutenu par une législation harmonisée. Cela inclut des mises à jour de la loi sur le pétrole et un projet de loi dédié au gaz traitant de la tarification en aval et des structures de marché.
Les acteurs du secteur ont en outre souligné l’importance de la viabilité économique. Hatem Salem, vice-président pour l’Afrique subsaharienne chez Baker Hughes, a insisté sur le fait que la réussite de la monétisation du gaz dépend de la solidité économique des projets, de l’alignement des parties prenantes et de stratégies de développement réalistes – en particulier sur un marché énergétique mondial concurrentiel.
Sur le plan stratégique, les ambitions de la Namibie en matière de gaz vont au-delà de la simple génération de revenus. Conformément aux objectifs nationaux de développement, une production de gaz de 130 millions de pieds cubes standard par jour d’ici 2030 pourrait créer plus de 22 000 emplois tout en renforçant la sécurité énergétique. L’électricité de base produite à partir du gaz viendra compléter les énergies renouvelables, garantissant la stabilité de l’approvisionnement en gaz alors que la Namibie développe ses capacités solaires et éoliennes. Des projets tels que le projet de conversion du gaz en électricité de Kudu illustrent cette vision intégrée. Tirant parti de réserves offshore de 1,3 billion de pieds cubes, le projet combinera une infrastructure sous-marine, une unité de production flottante et un gazoduc de 170 km pour alimenter une centrale électrique prévue de 800 MW – dont la mise en service sera échelonnée pour répondre à la demande intérieure immédiate.
En fin de compte, l’opportunité que représente le gaz naturel pour la Namibie réside dans sa capacité à trouver un équilibre entre l’impact national et le potentiel d’exportation. Grâce à une orientation politique forte, à l’intérêt croissant des investisseurs et à une mise en œuvre coordonnée, le pays est bien placé pour faire de ses ressources gazières la pierre angulaire d’une transformation économique à long terme et d’un leadership énergétique régional.













