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La pauvreté énergétique – et non les émissions – est le principal défi climatique de l’Afrique

Alors que l’Afrique s’apprête à faire valoir ses priorités énergétiques dans le cadre d’une affaire judiciaire historique, la trajectoire de développement du continent dépend de sa capacité à combler son immense déficit en matière d’accès à l’énergie grâce à des solutions pragmatiques et axées sur les ressources.

Alors que le monde débat des moyens de réduire les émissions de carbone et de lutter contre la crise climatique, l’Afrique continue de faire face à l’un de ses défis les plus lourds de conséquences à ce jour : la pauvreté énergétique. Sur l’ensemble du continent, plus de 600 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité, tandis que plus de 900 millions vivent sans solutions de cuisson propre. Il ne s’agit pas d’un problème marginal, mais d’un frein systémique à l’industrialisation, à la prestation des soins de santé, à l’éducation et à la croissance économique. Ce défi est aggravé par un déficit de financement massif : l’Afrique a besoin d’environ 190 milliards de dollars par an pour atteindre ses objectifs énergétiques et climatiques, mais les flux d’investissement actuels sont largement insuffisants.

Cette question devient encore plus évidente alors que la Chambre africaine de l’énergie (AEC) dépose officiellement sa demande d’admission en tant qu’amicus curiae dans une procédure consultative historique devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples. L’enjeu n’est pas seulement la jurisprudence climatique, mais la question fondamentale de savoir comment l’Afrique concilie décarbonisation et développement dans une région où la pauvreté énergétique reste le défi le plus urgent.

Le défi structurel : pauvreté énergétique et déficits de financement

La crise énergétique en Afrique ne se définit pas par les émissions, mais par l’accès. Bien que riche en ressources, l’Afrique a vu ses efforts pour parvenir à un accès universel entravés par des déficits en matière d’investissements et d’infrastructures. La dépendance aux importations a rendu les prix des carburants soumis à la volatilité mondiale, tandis que l’accès inégal à l’électricité – en particulier dans les zones rurales et périurbaines où l’extension du réseau a pris du retard par rapport à la croissance démographique – continue d’affecter les moyens de subsistance.

Dans le même temps, les engagements mondiaux en matière de financement climatique ne se sont pas traduits par un déploiement significatif de capitaux. Alors que les économies développées ont promis des centaines de milliards de dollars de financement climatique, l’Afrique ne reçoit qu’environ 30 milliards de dollars par an sur les 300 milliards estimés nécessaires. Même lorsque des financements sont annoncés, les délais de décaissement sont lents, bureaucratiques et souvent inadaptés aux besoins de développement immédiats du continent. Ce décalage place les pays africains face à un double défi : lutter contre la précarité énergétique tout en se conformant à des attentes climatiques mondiales de plus en plus strictes.

Pétrole et gaz : un catalyseur de croissance

Avec plus de 125 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole brut et 620 000 milliards de pieds cubes de gaz prouvés, les hydrocarbures africains pourraient faire de la précarité énergétique un défi du passé. Les pays du continent s’attellent déjà à cet objectif. Le Nigeria vise une production pétrolière de 2 millions de barils par jour, l’Angola met en service des projets à grande échelle, tandis que la Libye vise 1,6 million de barils par jour d’ici 2027 et 2 millions de barils par jour d’ici 2030.

Le Sénégal porte la production de Sangomar et de Greater Tortue Ahmeyim à pleine capacité, tandis que la Namibie prévoit une première production de pétrole d’ici 2030. Le Mozambique poursuit ses ambitions en matière de GNL avec trois grands projets en cours, tandis que des pôles majeurs tels que la Guinée équatoriale accélèrent le développement de leurs gisements, illustrant ainsi le potentiel de croissance continu du secteur amont africain.

« L’Afrique ne peut pas s’industrialiser dans l’obscurité. La pauvreté énergétique est la plus grande injustice à laquelle notre continent est confronté aujourd’hui, et le développement responsable de nos ressources pétrolières et gazières n’est pas en contradiction avec les objectifs climatiques – c’est la voie pour les atteindre », déclare NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC.

Pourquoi une voix unifiée est importante

L’affaire portée devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples représente un moment charnière. Lancée par l’Union panafricaine des avocats, cette affaire vise à clarifier les obligations juridiques des États africains en matière de lutte contre le changement climatique dans le cadre des instruments régionaux relatifs aux droits de l’homme. Les clarifications clés portent notamment sur les obligations des États à faire face aux impacts climatiques et à rendre des comptes en matière de politique énergétique. Bien que cette affaire n’entraîne pas directement l’interdiction de l’exploitation pétrolière et gazière, elle soulève des inquiétudes quant à ses implications pour les investissements, ce qui pourrait avoir un impact sur les décisions de dépenses à un moment où l’Afrique a le plus besoin de ses ressources pétrolières et gazières.

De plus, son issue pourrait influencer la manière dont les obligations internationales en matière de climat sont interprétées dans le contexte africain. En examinant ces obligations sous un angle occidental, cette affaire fait abstraction des réalités auxquelles sont confrontés les pays africains. Responsable de moins de 3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l’Afrique pourrait subir les mêmes conséquences que les nations qui, en théorie, devraient être tenues pour responsables.

En sollicitant le statut d’amicus curiae, la CEA se positionne pour défendre une approche axée sur le développement – une approche qui reconnaît le droit de l’Afrique à utiliser ses ressources naturelles pour éradiquer la pauvreté énergétique. Cette intervention reflète la dynamique croissante parmi les parties prenantes africaines pour faire entendre une voix unifiée dans les discussions mondiales sur l’énergie et le climat. Mais ce n’est qu’une première étape. Pour garantir que la position de l’Afrique soit au premier plan de cette affaire, les parties prenantes, les gouvernements et les pays sont invités à se manifester et à soumettre leurs propres demandes.

Le message est clair. Le défi climatique de l’Afrique ne se définit pas par les émissions, mais par l’accès. Pour y répondre, il faut une politique coordonnée, des investissements accélérés et une stratégie continentale unifiée qui place la pauvreté énergétique au centre des priorités.

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