La Chambre africaine de l’énergie (AEC), qui représente le secteur énergétique africain, demande aux pays membres de l’OPEP et à leurs alliés de prendre des mesures pour mettre fin aux interdictions mondiales de financement des énergies fossiles et défendre le droit de l’Afrique à développer ses ressources pétrolières et gazières. Alors que le 9e séminaire international de l’OPEP s’est tenu mardi à Vienne, la Chambre a réaffirmé qu’il était temps de remettre d’urgence le financement en amont sur la table et de s’opposer aux politiques qui privent les pays africains des capitaux nécessaires à leur industrialisation, à leur croissance et à la sortie de millions de personnes de la pauvreté.
Pendant trop longtemps, l’Afrique a été la principale victime des politiques énergétiques mondiales contradictoires. Alors que les pays développés continuent d’accélérer les investissements publics et privés dans le gaz naturel pour renforcer leur propre sécurité énergétique, les institutions multilatérales imposent des interdictions générales sur le financement de l’amont pétrolier et gazier qui touchent de manière disproportionnée les pays africains. En 2019, la Banque européenne d’investissement a annoncé qu’elle mettrait fin au financement des énergies fossiles d’ici 2021, une position reprise par plusieurs agences de développement et institutions financières européennes. La Banque mondiale a emboîté le pas, supprimant progressivement son soutien au pétrole et au gaz pour aboutir à une exclusion quasi totale des investissements dans les activités en amont liées aux énergies fossiles. Si ces politiques peuvent s’aligner sur les objectifs de zéro émission nette des économies riches, elles entravent activement l’accès à l’énergie, la création d’emplois et la croissance industrielle en Afrique.
Pourtant, alors que le financement du développement se tarit à l’étranger, l’Europe s’est accordé des exceptions claires. Dans sa taxonomie des activités durables pour 2022, l’UE a classé certains investissements dans le gaz naturel et le nucléaire comme « transitoires », ouvrant ainsi la voie à la poursuite de leur financement à l’intérieur de ses frontières. Il en résulte un double standard flagrant : le gaz naturel est considéré comme essentiel pour la sécurité énergétique à Berlin et à Bruxelles, mais interdit à Lagos ou à Dakar. Cette hypocrisie doit être combattue si l’on veut que la transition énergétique mondiale soit juste et équitable.
L’Afrique possède plus de 125 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole et plus de 620 000 milliards de mètres cubes de gaz naturel, mais plus de 600 millions d’Africains n’ont pas accès à l’électricité et plus de 900 millions n’ont pas accès à des combustibles propres pour cuisiner. Dans ce contexte, les pays africains ont besoin d’investissements solides dans les infrastructures pétrolières et gazières, et non de restrictions idéologiques qui ignorent les réalités du terrain.
« Ce dont l’Afrique a besoin maintenant, c’est de forer, forer et encore forer. La plupart de nos institutions multilatérales ne financent pas le pétrole et le gaz, car elles disent que c’est mal. C’est extrêmement hypocrite. Refuser d’investir dans les énergies fossiles, c’est refuser la justice économique, la sécurité alimentaire et une voie de sortie de la pauvreté pour des millions de personnes », a déclaré NJ Ayuk, président exécutif de l’AEC. « On ne peut pas continuer à s’excuser pour le pétrole. Aucun pays au monde ne s’est développé uniquement grâce aux énergies renouvelables. Les membres de l’OPEP doivent faire pression sur des institutions comme la Banque mondiale pour qu’elles lèvent leurs interdictions de financement et soutiennent le droit de l’Afrique à s’industrialiser. »
Lors du séminaire de l’OPEP, l’AEC a exhorté les pays producteurs à se rallier autour de trois priorités financières urgentes. Premièrement, les membres de l’OPEP doivent faire pression sur la Banque mondiale et d’autres institutions multilatérales pour qu’elles lèvent les restrictions financières néfastes sur les énergies fossiles. Il est inacceptable que la Banque mondiale, initialement créée pour soutenir la reconstruction après la guerre et le développement mondial, continue de refuser de financer des projets pétroliers et gaziers en amont en Afrique. Les récentes déclarations de la direction de la Banque laissant entrevoir un possible changement de politique, le moment est venu pour les pays producteurs de pétrole de faire pression pour un revirement qui place l’accès à l’énergie et la transformation économique dans les pays du Sud au centre du financement du développement.
Deuxièmement, les pays de l’OPEP, avec leurs fonds souverains et leurs excédents budgétaires, sont particulièrement bien placés pour créer un véhicule d’investissement dédié au développement des énergies fossiles dans les marchés sous-financés. Un mécanisme dirigé par l’OPEP et axé sur le financement de projets stratégiques en amont pourrait s’avérer déterminant pour débloquer des capitaux pour des projets bancables à travers l’Afrique. Un tel fonds permettrait non seulement d’accélérer la production, mais aussi de stabiliser l’offre et les prix mondiaux.
Enfin, la Chambre souligne la nécessité d’une approche pragmatique et double de la transition énergétique qui tienne compte des réalités différentes des pays du Nord et du Sud. Alors que les pays développés s’orientent vers la décarbonisation, l’Afrique doit donner la priorité à l’industrialisation et à la sécurité énergétique. Le gaz naturel, abondant, fiable et plus propre que le charbon, constitue un combustible de transition essentiel pour alimenter la production d’engrais, l’industrie manufacturière, la pétrochimie et les réseaux électriques régionaux.
Une véritable justice climatique doit inclure la justice énergétique, ce qui signifie reconnaître le droit de l’Afrique à exploiter ses ressources, à développer ses économies et à répondre aux besoins de ses populations selon ses propres conditions. L’Afrique n’a pas besoin de charité, elle a besoin de capitaux. En tant que porte-parole du secteur énergétique africain, la Chambre reste ferme dans son appel aux producteurs de l’OPEP et à la Banque mondiale pour qu’ils contribuent à cet objectif.













